En Avril, Pop & Psy se découvre d'un fil
Ceci est un futur gouverneur de Californie.
« I want muscles ! » Dans son tube de 1982, lâiconique Diana Ross nây va pas par quatre chemins. La boss des Supremes le chante ainsi : si certaines femmes «se satisfont dâun homme qui les comprennent », ce quâelle attend dâun homme, elle, câest des muscles! Le titre -et son clip surrĂ©aliste- revendique au mitan des annĂ©es disco ce qui aujourdâhui est devenu une obsession pour beaucoup dâhommes (et de femmes) : un corps musclĂ©. Ăvidemment, il ne sâagit pas de remettre en cause les vertus de lâactivitĂ© sportive, primordiale pour la santĂ© physique et mentale. Mais de pointer ce qui peut devenir problĂ©matique quand la quĂȘte du muscle devient une obsession, trouble appelĂ© la bigorexie.
Jusquâaux annĂ©es 90, le bodybuilding Ă©tait une pratique de niche. Ces physiques spectaculaires restaient exceptionnels, comme celui dâArnold Schwarzenegger, plusieurs fois Mister Univers dans les annĂ©es 70 avant de devenir Conan le Barbare puis gouverneur de la Californie. Aujourdâhui, la silhouette musculeuse sâest ainsi imposĂ©e comme un standard Ă lâĂ©cran. Si on compare le Batman de la sĂ©rie des annĂ©es 60 avec sa derniĂšre interprĂ©tation par Robert Pattinson, force est de constater que lâhomme chauve souris passe aujourdâhui plus dâheures Ă soulever de la fonte quâĂ batifoler avec Robin. Idem au rayon jouet, oĂč les Action Man sont passĂ©s en quelques dĂ©cennies dâun corps sportif Ă des biceps si turgescents quâon doute de leur capacitĂ© Ă bouger les bras. Le corps non musclĂ©, normal, voire adipeux, devient une exception parmi ces reprĂ©sentations, au point dâen faire une tendance de niche, le âdad bodâ. Pendant ce temps lĂ , la prise de testostĂ©rone devient plus frĂ©quente, afin de gagner du muscle plus rapidement, normalisant encore plus les gros biceps. Et ces nouveaux standards esthĂ©tiques ont des consĂ©quences sur les psychĂ©s.
La bigorexie est un trouble dĂ©fini depuis quelques annĂ©es en psychiatrie. Ce trouble est Ă mi-chemin entre une addiction et un trouble du comportement alimentaire. Il appartient Ă la famille des Body Dysmorphic Disorder (BDD). Ces troubles ont tous en commun une grande insatisfaction corporelle, une sorte de super complexe, qui nâest pas objectivĂ© pour un tiers observateur (par exemple, passer plusieurs heures par jour Ă obsĂ©der sur le fait dâĂȘtre trop petit pour quelquâun qui fait 1,80 mĂštre). Dans le cas de la bigorexie, lâimpression dâavoir un corps trop fin devient obsĂ©dante et dĂ©clenche une compulsion sportive. Elle va se traduire par la frĂ©quentation assidue de la salle de sport, en quĂȘte dâune prise de masse musculaire. Mais cela ne va faire quâaccentuer le mal-ĂȘtre, avec un sentiment dâĂ©chec et une perte de contrĂŽle. Câest similaire Ă ce que peut Ă©prouver une personnes atteinte dâanorexie mentale: plus elle est maigre et plus elle se trouve grosse, formant un cercle vicieux. Les hommes atteint du âcomplexe dâAdonisâ sâobligent Ă©galement Ă suivre un rĂ©gime trĂšs strict, ultrariche en protĂ©ines et complĂ©ments alimentaires, avec une alternance de pĂ©riodes âde sĂšche » et de « prise de masse ». La moitiĂ© dâentre eux va Ă©galement dĂ©tourner des stĂ©roĂŻdes anabolisants (dont la testostĂ©rone) afin dâaugmenter leur prise de muscle (GonzĂĄlez-MartĂ, Adicciones. 2018). Ce dopage peut avoir des effets secondaires graves: risques de cancer et de maladies cardio-vasculaires augmentĂ©s. Les hormones ont Ă©galement un effet sur lâesprit : la surcharge de testostĂ©rone est ainsi responsable dâune hausse de lâagressivitĂ© (appelĂ©e âRoid rageâ aux US), dâanxiĂ©tĂ© et de symptĂŽmes dĂ©pressifs⊠Et tout cela renforce lâinadĂ©quation entre corps rĂ©el et idĂ©al. Câest ce quâon voit dans la sĂ©rie 13 Reasons Why (Netflix), lorsque le personnage dâAlex dĂ©veloppe une obsession pour son corps et se pique Ă la testotĂ©rone, quâil se procure auprĂšs de lâĂ©quipe de football du lycĂ©e. Cela va aggraver son mal ĂȘtre et avoir des consĂ©quences dramatiques. Comme souvent, cette reprĂ©sentation dans la pop culture est loin dâĂȘtre anecdotique: les Ă©tudes montrent quâaux USA, câest prĂšs de 2% des adolescents qui dĂ©tournent des anabolisants dans le but dâaugmenter leur masse musculaire (Mitchison, Psychol Med. 2021) âŠ
Les personnes concernĂ©es par la bigorexie nâosent pas en parler Ă leur entourage ni Ă des professionnels: demander de lâaide est encore trop souvent perçu comme un aveu de faiblesse. Pire, cette silhouette Ă©tant valorisĂ©e socialement, le trouble peut ĂȘtre renforcĂ© par des compliments sur lâapparence physique! Les stĂ©rĂ©otypes de genre ont la vie dure, comme celui qui voudrait que virilitĂ© = puissance = muscle. Si, bien sĂ»r, tous les adeptes du cross fit ne sont pas atteints de bigorexie, il est important de diversifier les reprĂ©sentations des corps, dans la pop culture et au delĂ (coucou TimothĂ©e Chalamet & Pedro Pascal).
On a rĂ©uni Albert Moukheiber, docteur en neurosciences, Martin Page, auteur et Ă©diteur, Louis Albi, chanteur & Nabil Harlow, chanteur, autour du micro de Pierre Alexandre MâPelĂ©, directeur Ă©ditorial de GQ France pour parler de santĂ© mentale et masculinitĂ©s lors du Pop & Psy 2023.
La verbalisation des Ă©motions, lâintrospection et le fait de prendre soin de soi sont encore trop souvent associĂ©s au genre fĂ©minin, et considĂ©rĂ©s comme dĂ©prĂ©ciatifs. Pourtant, contrairement Ă ce que ces clichĂ©s virilistes voudraient nous faire accroire, Boys do Cry. Retrouvez ces Ă©changes passionnants sur la Pop & Psy TV!
En bonus: Ă©coutez le magnifique album CĆur Ă©lĂ©gant de Nabil Harlow, qui explore en 13 titres une virilitĂ© garantie 0% masculinitĂ© toxique.
Loft Story version Napoli
Luciano (Aniello Arena) est un modeste pĂšre de famille napolitain. Lorsquâil reçoit un appel des producteurs de son Ă©mission de tĂ©lĂ© rĂ©alitĂ© favorite, « Il Grande Fratello », il commence Ă perdre pied avec la rĂ©alitĂ©. Reality, qui a reçu le Grand Prix lors du Festival de Cannes en 2012, poursuit les reflexions du cycle FAME du cinĂ© club Culture Pop & Psy au cinĂ©ma le Brady. La projection aura lieu le mercredi 27 Mars 2024 Ă 20h30 et sera suivie dâun Ă©change Ă propos de la construction des idĂ©es dĂ©lirantes et de la real TV : Ă vos places!
From porno chic to sober dod dag
âLâalcool Ă©tait une porte dâentrĂ©e vers la drogue. En fait, mon fils nâa pas encore lu tout ce genre de trucs. Il va le lire un jour. Et je vais devoir lui en parler, parce quâil partage mon patrimoine gĂ©nĂ©tique, câest-Ă -dire des origines anglo-irlandaises. Je pense que nous avons des prĂ©dispositions aux addictions. Mon pĂšre buvait Ă©normĂ©ment. Mais lâalcool, câĂ©tait une porte dâentrĂ©e. La cocaĂŻne est trĂšs populaire dans le monde de la mode. Je me suis rendu compte que câĂ©tait devenu un problĂšme lorsque jâai commencĂ© Ă en prendre le matin.â
Dessine-moi une santé mentale
Premier roman graphique de Pauline de Tarragon, musicienne, chanteuse, autrice connue sous le nom de Pi Ja Ma, Minuscule folle sauvage ( Ăditions La Ville BrĂ»le) raconte lâhistoire dâune petite fille trĂšs sensible, qui grandit, et de son chemin vers le rĂ©tablissement. Ămouvant, drĂŽle et instructif: Ă mettre en toutes les mains!