Derrière le mythe de la maternité : l’analyse de Die My Love 🎬

Ce mois-ci, Pop & Psy s’intéresse aux liens entre maternité, santé mentale et culture. Au programme : une chronique du psychiatre Jean-Victor Blanc autour du film Die My Love, deux interviews à découvrir, ainsi que l’annonce de notre ciné-club du mois de mai.

La Letter Pop & Psy
3 min ⋅ 15/05/2026

Cette semaine, on parle de la santé mentale périnatale avec Die My Love, le dernier film de Lynne Ramsay, réalisatrice du très remarqué We Need to Talk About Kevin. Au casting les très glamour Jennifer Lawrence et Robert Pattinson incarnent un jeune couple quittant New York pour s’installer dans le Montana. Derrière cette promesse de nouveau départ, le film explore une réalité plus sombre : l’effondrement psychique d’une jeune mère confrontée à la maternité.

Une maternité loin des clichés

Grace, le personnage de Jennifer Lawrence, est une écrivaine. Lorsqu’elle tombe enceinte, c’est la panne sèche d’inspiration. Elle se retrouve isolée et a du mal à investir sa relation avec le nouveau né. Mise à l’épreuve, elle commence à perdre pied avec la réalité. Et son entourage, au premier rang son mari Jackson, peine à comprendre ce qui se passe. Un sujet rarement montré au cinéma, où la maternité reste souvent associée à l’épanouissement et au bonheur absolu.

Baby blues ou dépression post-partum : quelle différence ?

Il y a une grande confusion sur ce thème. Le baby Blues (ou post partum blues) se manifeste par des pleurs, de l’irritabilité ou une hypersensibilité émotionnelle, généralement dans les jours qui suivent la naissance, avec un pic en général le troisième jour suivant l’accouchement. Il dure au maximum une semaine. C’est fréquent, transitoire, et ne constitue pas une maladie : cela concerne jusqu’à 80% des femmes qui viennent d’accoucher (1) . La plupart du temps, la présence de l’entourage et un temps d’adaptation au nouveau rythme lié à l’arrivée du nouveau-né suffisent pour que le blues s’efface. Mais quand il s’aggrave et dure plus longtemps, il peut être le mode d’entrée dans une dépression postnatale. Cette dernière est bien plus fréquente qu’on ne l’imagine : une mère sur dix est concernée (2) . Il s’agit d’une dépression survenant dans l’année suivant la naissance. Les symptômes sont ceux de la dépression, avec une humeur très variable, une insomnie, des inquiétudes envers le bébé, des doutes sur les compétences maternelles, de la culpabilité, des phobies d’impulsion (comme le fait d’avoir peur de jeter son bébé par terre) et qui peuvent aller jusqu’aux idées suicidaires. À la différence du « baby blues », c’est un trouble psychique qui nécessite des soins. Malheureusement, la peur du jugement, notamment dans cette période qui est censée être très heureuse, est un frein à une aide spécialisée.

Le film aborde un trouble plus rare : la psychose puerpérale

Dans Die My Love, Grace souffre en réalité d’un trouble encore plus grave : la psychose puerpérale. C’est beaucoup plus rare que la dépression du post partum (une femme sur mille). C’est un trouble délirant dont les thèmes tournent souvent autour de l’enfant ou de la maternité : croire que son bébé est menacé, remplacé, possédé ou empoisonné. C’est une urgence médicale car à haut risque de passage à l’acte, tant pour la mère que pour l’enfant, il nécessite des soins et une hospitalisation. Dans le film, Grace est isolée, et son entourage a du mal à prendre la mesure de ce qui lui arrive Le film plonge le spectateur dans l’expérience subjective d’une maternité compliquée. La performance de Jennifer Lawrence y est particulièrement marquante. Mais surtout, le film ose poser une question encore largement taboue : peut-on ressentir de l’ambivalence face à la maternité ? À travers certaines scènes très dures, Die My Love interroge les injonctions sociales faites aux femmes, au couple et à la maternité — sans jamais chercher à adoucir le réel.

(1) Woody, C. A., Ferrari, A. J., Siskind, D. J., Whiteford, H. A., & Harris, M. G. (2017). A systematic review and meta-regression of the prevalence and incidence of perinatal depression. Journal of Affective Disorders, 219, 86–92. doi:10.1016/j.jad.2017.05.003

(2) Woody CA, Ferrari AJ, Siskind DJ, Whiteford HA, Harris MG. A systematic review and meta-regression of the prevalence and incidence of perinatal depression. J Affect Disord. 2017 Sep;219:86-92. doi: 10.1016/j.jad.2017.05.003. Epub 2017 May 8.

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La Letter Pop & Psy

Par Jean-Victor Blanc

Je suis médecin-psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP, Sorbonne Université, Paris) et auteur (Pop & Psy, Plon, 2019) et  (Addicts, Arkhê, 2021).

J’ai crée Culture Pop et Psy en 2019 afin de changer le regard porté sur la maladie mentale et améliorer l’inclusion des personnes concernées à travers des exemples de films, séries, musique ou prise de parole de célébrités.

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